Actus

4 mai 2026

Discours du Président du GEFP lors du CONCLAVE AGOA le 04 Mai 2026

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres

Mesdames et Messieurs en vos rangs et grades respectifs,

C’est avec une profonde considération, et au nom de l’ensemble des entreprises membres du Groupement des Entreprises Franches et Partenaires, que je prends la parole aujourd’hui devant cette assemblée.

Monsieur le Premier Ministre, permettez-moi d’emblée de vous exprimer la reconnaissance sincère et unanime du secteur privé malgache pour votre récent déplacement aux États-Unis. Ce n’était pas un simple déplacement diplomatique — c’était compte tenu de la situation actuelle un acte audacieux. Vous avez porté la voix de Madagascar avec force. Les premiers échos suite à vos différentes rencontres avec les membres du Congrés Américain sont d’ailleurs très positifs.

 

Comme vous le savez notre pays traverse une période très difficile tant sur un plan politique que sur un plan économique. Certains facteurs exogènes comme la crise Iranienne démontrent à quel point Madagascar est à la merci de ces secousses et il faut l’avouer dans certains cas sans véritable moyen d’y répondre.

Le monde et Madagascar traversent une période d’instabilité majeure :

  • Les tensions au Moyen-Orient perturbent les équilibres énergétiques mondiaux,
  • La fermeture du détroit d’Ormuz fait peser un risque direct sur les coûts logistiques et les chaînes d’approvisionnement,
  • Les grandes puissances reconfigurent leurs alliances commerciales,
  • Et surtout, l’imprévisibilité des décisions politiques américaines crée une incertitude permanente pour les partenaires économiques.

Dans ce contexte, la dernières reconduction de l’AGOA pour une seule année a envoyé un signal positif mais largement insuffisant.

L’économie mondiale et notamment textile ne fonctionne pas à l’année.

Elle fonctionne sur 3, 5 et 10 ans.

À cela s’ajoute le calendrier électoral américain : dès août 2026, les élections de mi-mandat risquent de geler les décisions majeures.

En ce qui concerne le secteur de la confection textile Malagasy l’incertitude qui règne à l’heure actuelle sur le renouvellement de l’AGOA post 2026 est un risque majeur pour le pays et pour sa stabilité politique et sociale. Madagascar a déjà connu une période de suspension de l’AGOA et personne n’oublie les dégâts que cela a occasionné.

Depuis un certain temps on entend beaucoup parlé d’initiatives parallèles liées au renouvellement de l’AGOA et d’autres liées à la conclusion avec le Gouvernement Américain d’un Accord de Réciprocité Commerciale (ARC).

Il est important d’aborder en toute franchise les difficultés et les contraintes liées à chacune de ces initiatives. Ne nous voilons pas la face dans les 2 cas la situation politique de Madagascar complique les choses. Nous devons en même temps tenir compte de la situation mondiale et même de la situation politique intérieure des Etats Unis.

Ce qu’il faut bien comprendre c’est que le renouvellement de l’AGOA et la négociation de l’ARC ne sont pas des choix concurrents, mais probablement des nécessités successives tenant justement compte de l’évolution du retour à l’ordre constitutionnel de Madagascar. Avant même d’envisager les contours d’un possible Accord de Réciprocité Commerciale il faut être conscient que l’éligibilité à l’AGOA pour Madagascar est conditionnée à des critères de gouvernance et d’état de droit sur lesquels l’USTR sera très vigilant et il semble plus qu’important que les autorités Malagasy apportent des signaux rassurants. La revue de l’éligilité pour 2027 de Madagascar est prévue d’être lancée dans les toutes prochaines semaines.

Cela correspond également à une échéance critique : le mois de juillet 2026.

C’est à cette période que les acheteurs internationaux notamment américains placent leurs commandes pour les cycles de production à venir.

Sans visibilité claire au-delà de 2026 :

  • Les commandes ne seront pas sécurisées,
  • Les volumes diminueront mécaniquement,
  • Et les décisions d’investissement seront gelées.

Cela signifie une chose très simple :

  • Le risque que nous portons aujourd’hui est un choc social majeur en 2027.

Derrière ce risque, ce ne sont pas des chiffres. Ce sont 90 000 emplois, 90 000 familles, 360 000 vies

 

En cas de suspension, les droits de douane pondérés appliqués aux vêtements à Madagascar pourraient doubler pour atteindre 20 % ou plus, en plus des droits de douane existants. Cela signifierait un arrêt complet des exportations textiles vers les Etats Unis soit un impact de 40 000 emplois directs perdus.

Il est important de noter que le gros avantage de l’AGOA c’est qu’il ne prévoit pas d’obligation de réciprocité ce qui serait le cas pour un accord de réciprocité commerciale.

L’autre disposition centrale est celle du « Third Country Fabric » relative aux tissus provenant de pays tiers, permettant à Madagascar d’utiliser des tissus d’origine asiatique et mauricienne pour la confection de vêtements toujours exemptés de droits de douane — un avantage opérationnel majeur pour son secteur textile. Sans cet avantage il est illusoire de croire que la filière textile Malagasy puisse être compétitive.

Nous devons faire attention à ne pas croire aux beaux discours liés à l’intégration verticale. Cotton-filature-tissus. Cela fait plus de 20 ans que le Chinois Tian Li a tenté de réssussiter cette filière et malgrè des grandes ambitions (plus de 100 Mille tonnes de coton graine par an) ce groupe ne dépasse pas les quelques milliers de tonnes exportés à l’Ile Maurice la Grande Ile ne possédant plus aucune capacité de filature. Les couts prohibitifs de l’électricité, et les investissements très lourds de la filière sont des barrières infranchissables à court/moyen terme.

Ce constat nous impose d’être lucides.

  •  Le maintien de la clause « Third Country Fabric », dans toute évolution de type AGOA 2.0 ou dans le cadre de tout futur accord de réciprocité commerciale avec les États-Unis, constitue une condition de survie pour la filière textile malagasy orientée vers le marché américain.

Au regard de ces éléments, la priorité de Madagascar portée conjointement par les autorités publiques et le secteur privé doit être claire :

  •  sécuriser le renouvellement de l’AGOA et lever, dans les plus brefs délais, les incertitudes liées à l’éligibilité du pays.

S’agissant d’un éventuel accord de réciprocité commerciale, notre position est tout aussi claire :

  •  le renouvellement de l’AGOA doit constituer une première étape indispensable avant d’engager toute négociation plus structurante.

À ce jour, même si un tel accord pourrait présenter des avantages significatifs à terme, aucune démarche officielle de transition n’a été annoncée par l’administration américaine à l’égard des pays africains. Par ailleurs, le contexte politique actuel à Madagascar rend ce type de négociation plus complexe.

Dans les faits, l’ouverture du marché malgache, l’alignement sur les normes américaines ou encore la mise en œuvre d’engagements techniques ne constituent pas les principaux points de blocage. Madagascar dispose d’ailleurs d’atouts qui suscitent un intérêt croissant, notamment en matière de ressources stratégiques.

  •  Le véritable point de vigilance réside dans le modèle d’accord qui serait retenu.

À cet égard, un cadre inspiré de celui mis en place avec le Guatemala apparaît nettement plus adapté à la réalité industrielle malgache qu’un modèle comparable à ceux appliqués au Bangladesh ou à d’autres pays asiatiques.

Enfin, il convient de rappeler avec force que, quel que soit le modèle retenu,

  •  l’intégration de mécanismes équivalents à la clause « Third Country Fabric » demeure indispensable.

En l’absence d’alternatives compétitives sur le continent africain ; tant pour le coton que pour les fibres synthétiques cette disposition reste un élément clé de la compétitivité et de la viabilité de notre industrie. En tout état de cause il faut que dans le cadre des négociations sur l’AGOA et sur un futur accord de réciprocité commerciale que le secteur privé soit pleinement associé et que le Dialogue Public Privé dépasse les effets d’annonces et les déclarations d’intention. Pour cela nous avons besoin d’établir un climat de confiance qui passe par la résolution de nombreux points d’achoppements et pour n’en citer qu’un, celui du remboursement des arriérés de crédit  de TVA.

Nous en tant que Secteur Privé y sommes prêts et ce dans l’intérêt prioritaires du peuple Malagasy.

Conclusion : Notre ambition reste intacte

Monsieur le Premier Ministre,

Notre ambition est claire :

  • atteindre 250 000 emplois dans le secteur textile.

Ce n’est pas un objectif théorique.

C’est une nécessité économique, sociale et nationale.

Madagascar a tous les atouts :

  • une main-d’œuvre qualifiée,
  • des ressources stratégiques,
  • un positionnement géographique pertinent,
  • et une capacité industrielle reconnue.

Ce qu’il nous manque aujourd’hui, ce n’est pas le potentiel.

  •  C’est la visibilité.
  •  C’est la stabilité.
  •  C’est le cadre stratégique à long terme.

Dans un monde instable, dans un environnement incertain,

  •  nous n’avons pas le droit d’attendre.

Nous devons anticiper, structurer, négocier.

Et surtout, nous devons parler d’une seule voix.

Le GEFP est engagé, mobilisé, et pleinement aux côtés de l’État pour transformer cette période d’incertitude en opportunité stratégique pour Madagascar.

Car au-delà des accords commerciaux, il s’agit d’une seule chose :

  • l’avenir économique et social de notre pays.

“Sans visibilité aujourd’hui, il n’y aura pas d’activité demain. Et sans activité demain, il y aura une crise sociale après-demain.”

Je vous remercie.

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